eG8 : Discours de Jérémie Zimmermann & John Perry Barlow

L’eG8 se tenait hier à Paris et continue d’ailleurs aujourd’hui. Cet évènement, précédent la réunion du G8, a pour objectif de débattre et réfléchir aux enjeux d’internet à l’avenir.

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Sans surprise, de nombreuses personnalités sont attendues durant ces deux jours : Eric Schmidt (Executive Chairman Google Inc.), Mark Zuckerberg (Founder & CEO Facebook), Jimmy Wales (Founder Wikipedia) ou encore Xavier Niel (Founder of the ILIAD Group, Free’s parent company Vice-President and Director of Strategy for Iliad). La liste complète se trouvant sur le site officiel : Les intervenants des plénières et des tables rondes.

Notre président de la République, monsieur Nicolas Sarkozy, a sans surprise pris la parole. Voici son discours en vidéo :

Deux intervenions sont également à souligner. En premier lieu celle de Jérémie Zimmermann, co-fondateur de la Quadrature du Net et membre du conseil d’administration de l’APRIL depuis 2004 :

Retrouvez le texte sur walkyr.fr.

Et en second lieu celle de John Perry Barlow, co-fondateur de l’EFF (Electronic Frontier Foundation) et auteur de la Déclaration d’indépendance du cyberespace :

Ah mon Dieu. Bon. Tout d’abord, merci de m’avoir invité à vous rejoindre ici. Je suis un peu surpris étant donné la composition de cette table ronde. Je ne crois pas que je viens de la même planète pour tout vous dire.

C’est un honneur pour moi que d’être ici, étant donné également que je suis peut-être le seul dans cette pièce qui gagne personnellement sa vie en créant ce que ces messieurs ont l’air ravis d’appeler de la propriété intellectuelle. Je ne considère pas ma création comme une propriété. Une propriété c’est quelque chose que l’on peut me prendre. Si je ne l’ai pas quelqu’un d’autre l’a, et inversement. Cela ne s’applique pas à l’expression.

De plus, l’idée même que cela puisse s’appliquer à une forme d’expression est une conséquence directe d’un système qui prend les formes d’expression et qui les véhicule d’une manière qui n’était nécessaire qu’avant l’arrivée d’internet. Internet qui peut faire cela, transmettre des informations et des oeuvres à un coût pratiquement nul. L’idée même de contenu implique la notion d’un contenant, or ce contenant n’existe plus. Et si ce dont nous parlons aujourd’hui est de créer des incitations à la création – pour les gens qui créent des choses et pas seulement pour des institutions prédatrices qui se nourrissent de ces créateurs depuis des années – alors je crois que notre discussion prendra un angle tout à fait différent ; et je crois également que nous devrions aborder ce qui est considéré comme un comportement éthique ou moral sur internet.

De quoi parlons-nous exactement ? Jusqu’à maintenant cette conférence, par bien des aspects, ne parle que d’imposer les normes de certains secteurs d’affaire, certains milieux d’affaire, certains centres de pouvoir héritées d’un autre âge, et d’imposer ces normes sur l’avenir. Que ces normes puissent produire de nouvelles idées ou non et, avec tout le respect que je vous dois monsieur le ministre, je dois marquer mon désaccord quant au besoin de mettre en place un droit de la propriété privée toujours plus restrictif et des mesures toujours plus restrictives pour faire appliquer ce droit.

[…]

En essayant de continuer d’imposer cet ordre ancien et de préserver ces modèles économiques éculés sans reconnaître la relation qui existe entre la création et son public, et comment monétariser cette relation-là à l’avenir, ce que nous faisons c’est de continuellement détisser internet. Bien sûr qu’il serait merveilleux d’avoir des boîtes qui scannent internet pour trouver des atteintes à la propriété intellectuelle et éradiquer cela, mais cela cassera le net.

D’autres mesures ont été proposées et appliquées. Le fait de refuser de reconnaître qu’internet est un ensemble continu et que si vous pouvez en contrôler quelque domaine que ce soit, vous pouvez en contrôler l’ensemble. Si on commence par la propriété intellectuelle, on finira par contrôler également toutes les formes d’expression qui nous déplaisent. Or vous ne pouvez pas être propriétaire du droit d’expression. Et tout effort qui va en ce sens ne peut que porter gravement atteinte à une promesse que je vais formuler maintenant.

Pour la première fois dans l’histoire de l’Homme, il devient possible aujourd’hui d’accorder à chaque être humain le droit de savoir, la possibilité de satisfaire sa curiosité au plus haut degré. Où qu’il ou elle se trouve, nous lui conférons le droit de s’exprimer. C’est l’espèce humaine dans son ensemble qui peut décider de se conférer ce droit. Voilà un héritage d’une importance cruciale que nous pouvons laisser à nos enfants. Et si nous voulons leur dénier cet héritage uniquement pour le bien de certaines institutions qui sont peut-être déjà obsolètes, cela ne fera pas de nous de bons ancêtres.

Discours prenant, c’est le moins qu’on puisse dire.

Source : Korben

Baptiste Simon aka TiChou

Ingénieur développeur web dans le secteur du e-commerce et du tourisme mais avant toute chose passionné par internet et ses intarissables ressources.

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